Claudine Simon & Vivien Trelcat - Labo Pianomachine

Museum of Musical Instruments , Brussels

Conférence / concert dans le cadre de l’évènement Piano Expérimental.

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Contemporain, d’improvisation, augmenté de systèmes technologiques ou préparé, le piano est un instrument d’expérimentation sans limites… L’évènement Piano expérimental se compose de trois conférences-concerts,consacrées à l’aventure musicale infinie du piano.

Entre nouvelle lutherie et approche organique de l’instrument, le duo expérimental que Claudine Simon forme avec Vivien Trelcat développe le projet Pianomachine, électronique et acoustique, transdisciplinaire et hybride.

GMEM — Centre national de création musical (Production déléguée)

ENTRETIEN AVEC CLAUDINE SIMON

- Pourriez-vous nous présenter votre projet Pianomachine ?
Pianomachine
est un spectacle de création sonore qui prend la forme d’un solo chorégraphié, avec des textes, une scénographie. On me voit me confronter à un instrument augmenté par des prothèses électromécaniques, tout un ensemble de machines qui jouent à l’intérieur du piano et qui en décuplent le potentiel. Le piano est activé par les solénoïdes (des robots) qui tapent, frottent ou excitent les cordes. Le piano se met aussi à parler, à réagir, à presque danser dans une scène très techno.
Dans le spectacle, il y a aussi toute une dramaturgie qui met en scène le rapport du musicien à son instrument, les rapports de force, de tension, de désir qui sont au cœur de la relation, tout ceci dans une sorte de récit visuel.
Dans le cadre du festival Ars Musica, je viendrai en duo avec Vivien Trelcat qui a développé toute la partie informatique et électronique du projet et qui joue des machines. Nous formons une sorte de quatre mains : une performeuse pianiste, un performeur machines. Nous présenterons le projet et partagerons quelques extraits sonores, des moments de musique.

- Comment en êtes vous arrivée à une telle expérimentation qui fait aller la musique vers d’autres arts, tels que les technologies ou la philosophie ?
J’ai une formation de pianiste très classique, j’ai fait les classes de piano au CNSMD de Paris, joué le répertoire soliste, chambriste. Parallèlement, j’ai toujours cherché une sorte de voie plus personnelle nourrie par l’improvisation, le théâtre musical, avec des rencontres comme celle d’Alain Savouret (qui a créé la classe d’improvisation générative au CNSMDP) qui a beaucoup compté pour moi.
Depuis quelques années maintenant, je conçois des performances dans lesquelles il y a une hybridation des territoires artistiques, où la musique se nourrit de philosophie ou d’autres arts ou médias, comme la danse. Je développe aussi une pratique improvisée autour du piano préparé, en cherchant de nouveaux timbres, une nouvelle gestuelle qui me fait jouer l’instrument de tout son corps. L’idée d’ajouter des machines dans le piano est venue naturellement, comme pour prolonger cette recherche et venir l’enrichir.

- Est-ce de l’improvisation ou de la musique écrite… Quel répertoire jouez-vous ainsi ?
Toute la musique est improvisée, elle s’inscrit dans le cadre dramaturgique du spectacle, mais se dessine, se bâtit dans l’instant. Dans le spectacle, je fais quelques allusions au répertoire, avec des citations de Fauré et de Ravel, qui interviennent comme des bribes de mémoires pianistiques.
Dans la forme en duo, la musique est complètement libre, rien n’est prédéfini, prévu à l’avance. Le son du piano est préparé et transformé en temps réel puis diffusé en quadriphonie. L’idée est de se jouer des frontières entre acoustique et électroacoustique, de chercher des faux-semblants entre ces deux mondes, et de créer la confusion de sorte que parfois, on ne sait plus qui joue !

- Dans le cadre de Ars Musica 2022, dont la thématique est en filigrane la science, quelle dimension de votre recherche vous semble la plus appropriée à cette thématique ?
J’ai démarré ce projet de nouvelle lutherie de piano en 2019 avec les étudiants ingénieurs de l’INSA de Lyon qui ont conçu des prototypes. Cette phase de six mois était l’occasion d’un échange privilégié et fécond entre le monde scientifique et artistique. Les ingénieurs avaient dépouillé un piano dans leur salle de recherche et de conception afin de pouvoir faire les tests et les calculs. Je venais régulièrement observer le travail en cours et échanger avec eux. C’est le collectif Sonopopée qui est un collectif de musiciens et de développeurs qui a par la suite repris et optimisé le dispositif. 
J’ai été très intéressée par tous ces échanges et cette collaboration. J’ai même repris tout le vocabulaire, tout le jargon scientifique des ingénieurs afin d’en créer une scène dans le spectacle. Il y avait, au-delà de la pensée et la fabrication de mon outil, comme une langue à découvrir, avec de nouvelles sonorités dans cette langue, une beauté phonétique. 

Documentations internet :
https://hemisphereson.com/la-machine-desirante-de-claudine-simon
https://www.youtube.com/watch?v=y43Qd-_e8fA
https://www.youtube.com/watch?v=AEsdNd9WCgs