© Bérangère Fromont
Méryll Ampe
Recyclart , Molenbeek-Saint-JeanLe monde électronique de Méryll Ampe est conçu comme une sculpture sonore, un espace pour une écoute à réinventer.
20h30 : Ouverture des portes
Plasticien de formation, artiste sonore, Méryll Ampe approche le son comme une sculpture, un espace à façonner. Entre improvisation électronique et musique noise, il explore ainsi le monde tactile des sons, sa matière électrique. Volumes et perspectives sonores apparaissent alors, dans l’espace et en temps réel, pour interroger notre perception. Le corps de l’auditeur, sa surface et ses limites, participe entièrement de cette expérience musicale. Composées de vibrations bruitistes, les créations noise de Méryll Ampe offrent la traversée subtile des modulations, des stridences et des saturations pour l’oreille. Monde abstrait ou charnel ? Infinité des réverbérations électroniques ?
Entretien avec Méryll Ampe
Pourriez-vous nous présenter le projet musical que vous proposerez lors de la prochaine édition de Ars Musica ? Est-ce une œuvre spécifique ou bien s’inscrit-elle plus généralement dans l’ensemble de votre démarche ?
Lors de mes concerts, j’improvise à partir de sources analogiques, c’est-à-dire avec mes synthétiseurs et des filtres. Je conçois mon setup comme un instrument qui me permet de me concentrer sur une écoute du présent et me permet de m’adapter aux différents lieux et systèmes sons que je rencontre. Ce sera une œuvre unique car elle se déroulera à mesure que les multiples matières, dynamiques et imbrications apparaîtront, de manière contrôlée ou inattendue.
Je m’engage de manière instinctive et radicale. Je crée des états sonores, massifs et organiques qui se déploient, se croisent et se décomposent. On peut y retrouver des motifs, ou bien une sorte d’arythmie. Je joue avec des notions et des sensations, tels que micro/macro, verticalité/horizontalité ou encore apparition/disparition. Comme si la matière sonore que je manipule et sculpte en temps réel révélait une dualité.
Artiste sonore, plasticien de formation, en quoi votre approche « visuelle » de départ modifie-t-elle votre approche musicale ?
Je viens des arts plastiques, J’ai fait des études de sculpture sur bois à l’École Boulle de Paris puis aux Beaux-Arts de Cergy. Je suis autodidacte dans mon approche musicale, j’ai notamment eu un grand intérêt pour le violoncelle et la batterie dans mon adolescence. D’ailleurs ce sont ces deux pratiques (musique et sculpture) qui m’ont donné envie d’explorer le médium sonore. Il y a dans mes expérimentations, la base de mon travail sonore, une sorte de rugosité, porosité qui peuvent faire écho au bois ou au plâtre.
Je vois le son plus comme une matière vivante à sculpter mais aussi comme une matière qui me permet de m’exprimer au-delà de la parole, qui me permet de produire des choses « urgentes », de l’instant, du vivant. Puis ensuite vient la relation visuelle à travers différentes dynamiques : les plans, les perspectives, la manière de tailler dans la masse qui devient une forme. Je commence à jouer et petit à petit quelque chose est en train de se mettre en place, de se sculpter. Je cherche surtout la plasticité et la physicalité du son comme son volume, sa densité, quelque chose qui devient de plus en plus massif qui rentre en vibration, en tension, à travers les corps, le mien et celui du public.
Vous faites ainsi se rencontrer l’électro, la noise et une approche plasticienne qui tend à matérialiser et à rendre visible le son. Parleriez-vous de sculptures sonores pour définir votre travail ?
Au tout début de mon travail, il y a quelques années, j’ai commencé par matérialiser le médium sonore « son » à travers des matières palpables, c’est-à-dire le plâtre, dessin (https://meryllampe.com/sculptures/). Ce sont des questions que je me posais au tout début : comment rendre visible le son à travers la matière ? Maintenant, mon travail a évolué, je cherche toujours une plasticité avec l’invisible. Je mène de multiples recherches pour que le son se ressente physiquement à travers les vibrations, les phénomènes sonores. Je me concentre sur l’exploration de matières rugueuses, brutes, afin de proposer une expérience « sensorielle », interroger l’imaginaire du spectateur, lui proposer des paysages mentales qui se forment ou des impressions de dissociations, faire apparaître une dualité, se retrouver dans un état étrange, des terrains escarpés, ou bien dans l’espace de l’infra-monde.
Vous évoquez souvent la matérialité du son que la musique noise permet. Vous permet-elle de jouer aussi avec les sensations de l’écoute et la réception spatiale de votre musique ?
Oui, la musique noise ou bien la musique bruitiste me permet de jouer avec l’intention de capter l’écoute, capter le corps vivant. C’est pour cela que je joue en live, cela me permet de jouer plus avec l’espace. Lorsque je joue dans un volume assez soutenu, cela permet de plus creuser dans le spectre sonore, pour en venir à la physicalité et ainsi créer des phénomènes sonores hypnotiques. Cela conduit à des sensations, une immersion, une expérience intime.
- par Alexandre Castant